mardi 25 mars 2008

Maria Eugenia la courageuse



Cette histoire me passionne. J'en ai fait un papier qui est sorti cette semaine dans ELLE. Il faut aller voir sur Internet, surtout pour ceux et celles qui lisent l'espagnol. .Il y a plein de sites qui parlent de cette affaire. Et puis aussi celui des Abuelas de Mayo, ces folles de mai qui se réunissent depuis 25 ans sur la place de Mai, et recherchent leurs enfants disparus pendant la dictature. C'est grâce à elles que Maria Eugenia a retrouvé sa famille.
Verdict le 4 avril. J'espère que les voleurs d'enfants seront punis.
En Argentine, peu ou pas de militaires , acteurs de la "sale guerre " sont sous les verrous.C'est comme s'il ne s'était rien passé, hormis ces souffrances inouïes pour toutes ces familles dont les enfants et/ou les parents ont disparu, assassinés sous la torture.

Sous ses allures de gamine, c’est une jeune femme « courageuse, déterminée et lucide» selon les mots de son avocat, qui a franchi le seuil du Tribunal fédéral de Buenos Aires, le 19 février dernier pour assister au procès qui l’oppose à ses parents adoptifs. L’histoire de Maria Eugenia Sampallo Barragan, 30 ans, ne diffère guère de celle de centaines d’enfants argentins donnés à des familles proches des militaires au pouvoir après la « disparition » de leurs parents, pendant la dictature ( 1976-1983). Mais personne encore n’avait porté plainte, comme elle l’a fait contre ses faux parents et Enrique Berthier, le tortionnaire qui la leur a remis à l’âge de trois mois. « Une démarche exceptionnelle qui va permettre de démonter tout un système. C’est la première fois que la victime la plus directe se manifeste » explique maitre Sophie Thenon, présidente de France Amérique Latine. La mère de Maria Eugenia était enceinte de six mois lorsqu’elle a été enlevée avec son père, militant communiste comme elle, le 6 décembre 1978 et conduite dans un centre de torture clandestin. « Toute son enfance, elle a eu des doutes » affirme maitre Quintana, l’ avocat de Maria Eugénia, qui s’appelait alors Violeta Rivas. « Ceux qui l’ont recueillie ne cessaient de se contredire sur les circonstances de sa naissance». Sans doute les mauvais traitements subis lui ont-ils donné le courage de partir de chez elle après le bac, et de se mettre à travailler.« Elle était si maltraitée qu’elle se réfugiait sans cesse chez les voisins », ajoute son avocat qui fait barrage à toutes les interviews : sa cliente ne veut rien révéler de sa vie privée. A peine lâche-t-il qu’elle suit aujourd’hui des études de lettres et qu’elle est encore célibataire. En 2000, Maria Eugénia contacte l’association des Grands- mères de la place de Mai qui recherchent inlassablement la trace des 600 bébés volés par la dictature (88 ont été retrouvés ). Elle passe des tests ADN et l’année suivante, à 23 ans, retrouve sa grand-mère et son frère Gustavo qui avait 3 ans quand il a été arrêté avec ses parents avant d’être récupéré dans un commissariat. Pourquoi tant d’années avant le procès? « Il a d’abord fallu qu’elle reconstruise sa propre identité » dit maitre Quintana. « Elle ne connaît toujours pas sa date de naissance. Quand l’enquête a commencé, ses faux parents et Berthier ont tout nié en bloc et l’ont traitée de menteuse. Tout cela a failli se retourner contre elle. Il a fallu du temps pour ramasser les preuves ». Maria Eugenia et le procureur demandent 25 ans de prison contre les accusés. « Si ce procès permet d’analyser ce qui s’est passé pendant la dictature estime maitre Quintana, et de reconnaître que ces enlèvements d’enfants relèvent du crime contre l’humanité, alors nous aurons largement gagné ».