mercredi 23 avril 2008

Jeunesse brisée



Publié dans Le Telégramme du 23 avril 2008

La Cambodgienne Sathavy Kim avait 21 ans lorsqu’en 1975, les Khmers rouges ont pris le pouvoir avec à la clé quatre ans de terreur et deux millions de morts. Elle écrit ses souvenirs pour « retrouver la sérénité ».

« Je ne trouve pas en Khmer le mot qui signifie « souffrance, tragédie, terreur ». dit-elle tout de suite. Cette jolie femme paisible de 53 ans, mariée à un ancien diplomate français, pèse chacune de ses phrases en évoquant la tragédie. « Mes parents avaient les idées assez modernes pour m’envoyer faire des études dans la capitale. Mon père était enseignant et ma mère couturière. J’ai été déportée avec la famille de mon oncle à la campagne. Je ne les ai jamais revus. Seule, loin des miens, je travaillais 18 heures par jour, avec l’angoisse chaque nuit, de disparaître comme beaucoup de mes camarades ». Un autre souvenir la taraude encore : celui de la faim, immense, jamais assouvie. Un cauchemar qui a duré « 3 ans, 8 mois et 20 jours » dit-elle avec précision. Elle se souvient aussi de cet intense sentiment de liberté, au départ des Khmers rouges. » J’ai traversé presque tout le pays pour rejoindre ma mère, je n’oublierai jamais nos retrouvailles. Les Khmers Rouges avaient brisé les familles. Plus rien n’existait, ni les liens ni le foyer.
»Sathavy Kim reprend ses études de droit seulement en 1993. « A l’Ecole Nationale de la Magistrature de Bordeaux, j’ai été la première Cambodgienne à avoir suivi le cursus de magistrat…» A Phnom Penh où elle vit désormais, elle a dirigé l’Ecole de la magistrature avant de siéger à la Cour suprême. Le procès des dirigeants khmers rouges dont l’instruction a lieu en ce moment permettra-t-il la réconciliation et l’apaisement ? « Cinq dirigeants sont jugés pour crimes contre l’humanité. Ce n’est pas suffisant mais à travers eux, il faut rendre la justice aux victimes survivantes pour que leurs âmes reposent en paix. »
Elle raconte qu’elle a commencé à écrire parce que ses cauchemars ne la laissaient plus en paix. « Les victimes comme les bourreaux restent traumatisés. Tous mes compatriotes ont des problèmes psychologiques. J’ai rendu visite depuis aux femmes chefs de camp dans le village où j’ai été déportée. Parler les soulage. Elles disent avoir accepté ces postes sous la contrainte… » Une période noire qui laisse des séquelles importantes. :« Les anciens ont disparu, il n’y a plus de transmission de notre culture. Ceux de ma génération ne veulent pas parler de ceux qu’ils ont subi. Les jeunes ne veulent pas écouter et toute cette éducation impossible, cette violence non-dite, les rend violents à leur tour. Mais grâce aux médias, grâce à ce procès, la parole se libère un peu plus. » Son prochain but: réécrire son livre en khmer après l’avoir d’abord écrit en Français : « Je ne sais pas taper le khmer sur l’ordinateur…

Jeunesse Brisée ( Actes Sud) .

L'ère des miles

L’ère des miles.
Génial le coup des miles ! De quoi donner envie à n’importe qui de se porter volontaire pour aider à l’expulsion de clandestins. Du tout bénef en fait. On voyage en avion, en général vers une destination africaine ( les plus chanceux pourront même aller jusqu’en Asie, mais c’est plus rare) et on gagne des points kilomètres, qui, additionnés, donnent des billets gratuits accordés par les compagnies à leurs clients fidèles ( et ceux là, on en profite en famille). Bien sûr, tout le monde ne peut pas en bénéficier : il faut être fonctionnaire. Policier pour tout dire. Evidemment, le boulot peut parfois être désagréable. Surtout avec ces associations d’empêcheurs d’expulser en rond, genre Réseaux sans frontières, qui font un baroud de tous les diables à la moindre petite expulsion, souvent relayés par les médias ( la plaie…). Et puis les sans-papiers n’y mettent pas toujours du leur. Il se débattent, crient, certains vont même jusqu’au malaise ou à la crise cardiaque…. Mais enfin, bon an mal an, avec 23 000 expulsions dont un bon tiers par la voie des airs, on peut en escorter quelques uns et se la jouer hommes d ’affaires. Eh oui : au bout d’un certain nombre de points, bling ! Le statut Gold..Quand on pense que 600 travailleurs clandestins font la grève depuis une semaine pour être régularisés. Et que l’association la Cimade propose un « Matignon des travailleurs sans-papiers »…Mais si on en régularise trop, comment gagnera-t-on des « miles » ?

dimanche 20 avril 2008

Bonnes adresses à Tel Aviv


Mes bonnes adresses à Tel Aviv.

j’ai fait ce reportage , paru dans ELLE du 11 mars, en parallèle avec mon dossier sur les écrivaines israeliennes. Comme on me demande souvent mes bonnes adresses à Tel Aviv, en voilà quelques unes à ne pas rater. Mais il y en a plein d’autres, Tel Aviv est une ville où on mange bien, , et où on s’amuse beaucoup.
La photo a été prise dans mon restaurant favori, sur la plage, par le photographe paolo Woods qui m'accompagnait lors de ce reportage.


Autour de Rothschild.
C’est Le St Germain des Prés de Tel Aviv. La plus jolie promenade à la fraîche.
La Cantina, le restaurant italien du tout cinéma et télé. La cantine préférée de l’écrivain Alona Kimhi. Terrasse cool.
71 boulevard Rothschild
Orna et Ella, incontournable depuis 15 ans, un des meilleurs restaus de la ville, parfait pour un déjeuner de copines ou un tête à tête amoureux, le soir. L’endroit a servi de cadre à Eytan Fox pour son film « The Bubble ».
33 rue Sheinkin

Neve Tsedek et Lilienblum.
Neve Tsedek est le plus vieux quartier de Tel Aviv, village fleuri aux rues sinueuses, coincé entre les tours. Baba et trendy le jour, galeries, boutiques de créateurs, intense vie nocturne.
Suzanna Café : sur la terrasse ombragée par un immense figuier, y siroter une lemon nana (citronnade à la menthe fraiche), ou déguster une salade orientale, en face du centre de danse contemporaine Suzanne Dellal.
9 rue Shabazi
Nanuchka
Parmi les innombrables bars concentrés dans le secteur, l’un des plus sympathiques. Bistro géorgien situé dans une vieille maison, au décor russo-kitsch, on y dîne très bien. Quelques vodkas et mojitos plus tard, tout le monde danse autour du bar et même dessus, jusqu’aux première heures de l’aube. Excellents DJ , ambiance très chaleureuse.
28 rue Lilienblum

Yaffo :
Au Sud de la ville, le très charmant et très vieux port, qui donne un cachet oriental à la ville. Population éclectique, arabes musulmans et chrétiens, juifs orientaux, intellos, artistes et yuppies. Vieilles ruelles et marché aux Puces.
Manta Ray, au bout de la plage de Tel Aviv, avant d’arriver à Yaffo. Fusion food et meilleurs mezzés de la ville. Un déjeuner tardif sur la terrasse en bord de mer pour admirer le soleil qui décline, c’est juste le goût du bonheur.
Sur la plage, face à l’hôtel David Intercontinental.
Puah, café restaurant, au milieu du marché aux Puces. Murs pastel, meubles dépareillés, tous à vendre. Coolissime.
8 rue Rabbi Yohanan.
Abu Elafia et fils. LE boulanger de Tel Aviv établi depuis 1880 Une légende. Multitude de pains à se damner. Pizza arab style et oriental bagel.
7 Yefet street

Le nouveau port.
Avec ses hangars et ses docks rénovés, l’un des lieux les plus fréquentés, de jour comme de nuit. Restaus, boutiques, bars et très nombreuses boites de nuit. Balade incontournable sur les planches.
Comme il faut. Un univers totalement féminin, géré par des féministes.Concept très réussi. Boutique de vêtements de créateurs ( assez chers) sex shop, spa et excellent restau bio. Hangar 26.

Et encore :
Nachema café. Parmi tous les cafés sympas de la ville, le Nachema, situé au bout de la très jolie rue Ahad Ha’Am, en face du théâtre Habima, est le seul endroit public où on peut encore fumer à Tel Aviv. Repaire d’acteurs et d’auteurs de théâtre.
Au coin de Ben Zion et de Ahad Ha’Am.

Tolaet Sefarim. Une des librairies-coffee-shop préférées des habitants de Tel Aviv, tenue par deux passionnées de littérature qui organisent séances de dédicaces et soirées littéraires.
9 place Rabin.


A emporter dans la valise :
Israël et les Territoires Palestiniens, l’excellent guide Lonely Planet enfin publié en français.
Tel Aviv, Carnets de route, Editions Marcus & Guysen Editions

Girl Power


1/1

Le 17 avril dernier, j’étais l’invitée du groupe de réflexion Power Girl 3.0 qui se réunit tous les mois au Pub St Germain pour discuter de la place des femmes dans les nouvelles technologies et particulièrement sur Internet.

Le débat était animé par les créatrices de ce groupe de réflexion, , incontournables dans le monde de l’Internet. Natacha Quester-Séméon, fondatrice du site Mémoire Vive ( nouveaux usages, nouveaux médias, science technologie et société).Et sa mère Tatiana F.Salomon, architecte de profession qui a crée voici une vingtaine d’années Les Humains Associés. une association ( puis un site) de défense de l’humanité.

Toutes les deux, ainsi que leur inséparable frère et fils, Sacha Quester Séméon, sont précurseurs de Second Life en France.

Elles ont aussi crée l’Ile Verte sur Second Life et ont promis de m’y emmener faire un tour la semaine prochaine. Je vous raconterai ma visite.

Etaient présentes une trentaine de femmes, blogueuses, créatrices de sites , graphistes, développeuses, et aussi Isabelle Juppé, journaliste, écrivain, auteure de La Femme digitale ( (Lattès) dont le sujet est tout à fait d’actualité puisqu’elle a mené une enquête très complète et vraiment intéressante, sur ce qu’Internet apporte aujourd’hui aux femmes et inversement.

Dés le départ le ton du débat était lancé avec le sujet du jour : « Internet est-il un outil d’émancipation pour les femmes ? »

Les participantes se sont accordées à répondre par l’affirmative : oui parce qu’Internet, comme Moulinex dans les années cinquante , libère la femme de toutes les manière, particulièrement en lui faisant gagner du temps et de l’argent (supermarchés, shopping en ligne, etc..).

Mais on a souligné aussi l’importance et l’interêt du télé travail, la facilité à créer sa propre entreprise en ligne, ou son blog (cuisine, beauté, déco, nouvelles techno, etc..) ; la prise de parole décomplexée et démultipliée ( politique, economie, etc…) ; la fin de l’isolement pour celles qui habitent loin des villes ou dans des villages reculés ; le fait qu’il n’y a pas d’âge pour s’y mettre des très jeunes ados aux retraitées ( la grande majorité des blogs sont tenus par des femmes) etc…

Dans les bémols, bien sûr, le fait que peu de femmes, par manque de bagage scientifique , s’interessent plus au contenu qu’aux plateformes : très peu de femmes développeuses, par exemple. Cela reste encore un domaine très masculin.

Bon le débat reste ouvert et on peut le lancer ici. En attendant, allez faire un tour sur le site de Natacha et Sacha : http://www.memoirevive.tv/

Vous saurez tout sur Girl Power 3.0 et sur leurs autres activités.