mercredi 11 février 2009

Une Saint Valentin à l'Indienne.

L'affaire qui agite un groupe d' intellectuelles indiennes depuis quelques semaines, c'est l'agression d'étudiantes, dans un pub de Mangalore, par des gros bras du parti nationaliste hindou Sri Ram Sena au prétexte que les indiennes n'ont rien à faire dans ces lieux de dépravation. L'incident a fait grand bruit dans l'opinion, d'autant que le chef de ce parti, Pramod Mutalik, a juré d'ôter leurs jeans aux Indiennes pour les remettre en sari. Début février, il est monté à nouveau au créneau contre la Saint Valentin. Car pour les nationalistes , cette conception occidentale de l'amour menace l'équilibre de la société indienne. La riposte, humoristique, ne s'est pas faite attendre. Le groupe de femmes indignées a donc décidé d'inciter chaque Indienne , à envoyer une culotte rose au Sri Ram Sena pour la Saint Valentin, avec tout leur amour. Cette "Pink Chaddi Campaign" est relayée sur leur blog et aussi sur Face Book. Déjà plus de 25 000 femmes et quelques hommes ont répondu à l'appel. Ce qui n'est pas étonnant selon les créatrices du blog : les femmes de ce pays ont déjà suffisamment d'interdits dans leurs vies , pour accepter de s'en faire ajouter un autre par une bande de matamores....Riposte de Mutalik : il a promis d'offrir en retour à chaque envoyeuse de petite culotte, un sari en coton dont il a déjà constitué les stocks...car dit-il, "nos mères et soeurs sont fières de porter le sari." Sous l’anecdote et les chiffons, perce une réelle menace : l'intégrisme hindou qui gagne du terrain est aussi dangereux pour la société et les droits des femmes indiennes que le terrorisme islamique.
Michèle Fitoussi.


Pour en savoir plus sur ce sujet et sur Bombay, cliquer sur l'excellent blog de Hélène Lecuyer Bombay Magic
http://helenelecuyer.unblog.fr/

mardi 10 février 2009

Une critique d'Armelle Heliot

"Très chère Mathilde", Line Renaud l'art du partage
Par Armelle Héliot le 9 février 2009 14h54 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0)
Bien entendu une grande partie du public de Marigny vient d'abord pour applaudir cette épatante femme de coeur. Et elle est magnifique. Mais elle est aussi très bien entourée par Raphaëline Goupilleau, aigüe et sensible et Samuel Labarthe exceptionnel.

Le 8 septembre 2008... C'était hier. Israël Horovitz, l'ami américain du théâtre français, a appelé Line Renaud pour lui confier qu'il avait écrit une pièce en pensant à elle. C'était Très chère Mathilde. Adaptée avec vivacité et fidélité par Michèle Fitoussi, mise en scène par Ladislas Chollat, voici la nouvelle production du théâtre Marigny. Un très grand moment de théâtre. Une pièce à l'Américaine, avec du sentiment, des liens indéfectibles, de douloureuses mésententes, un dénouement assez "happy end". De la psychologie, beaucoup de psychologie. Des souffrances anciennes que rien n'apaise jamais. Tout ce qu'il faut pour faire rire, divertir, mais aussi tout ce qu'il faut pour que l'on ait le coeur serré et que l'on pleure.

Pas un Pas un mélo, pourtant cette Très chère Mathilde, mais une belle pièce nimbée de cette originalité à la Horovitz qui mêle naturellement tendresse et cruauté. Comme dans la vie sauf que c'est sacrément bien construit et écrit....

Soit un grand appartement parisien qui donne sur le jardin du Luxembourg. Maublé très simplement, portant aux murs les traces de trophées disparus. C'était le mari de Mathilde, grand chasseur devant l'éternel...Elle, 88 ans aujourd'hui, a été professeur de Lettres, dirigé à Neuilly une école dans laquelle sa fille Chloé, célibataire qui vit avec elle, enseigne. Les feuilles des arbres du Luxembourg sont roussies par l'automne (très beau décor à tournette de Jeff Servigne, vidéo et lumières astucieuses de Christophe Grelié) et le coeur des deux femmes aussi.

Mais voici que débarque Mathias, Américain, cinquantenaire mal grandi, trois divorces, pas d'enfant, pas de métier. Un largué plutôt qu'un raté. Son père vient de mourir et ne lui a laissé que cet appartement. L'héritier ignore ce qu'est un viager : c'est ainsi que Mathilde, autrefois, a vendu son seul bien...Elle se porte comme un charme et Chloé n'a aucune envie de s'en aller...

Mathilde, qui est profondément bonne, offre l'hospitalité à celui qui n'est plus un jeune homme mais un être assez immature, malheureux, qui se cherche encore. Un enfant pour jamais blessé. Un peu comme l'est Chloé.

N'en disons pas plus. Il faut laisser au spectateur le plaisir de découvrir peu à peu les personnages, leurs liens. Israël Horovitz procède ici un peu comme dans Quelque part dans cette vie. Il sait que le passé pèse sur le présent de chacun. Il nous dévoile peu à peu, avec subtilité, les secrets de ces trois êtres, tous attachants.

Stanislas Chollat signe une mise en scène, fluide, naturelle, sans effets inutiles, mais très juste. Il dirige à merveille trois virtuoses. Line Renaud est lumineuse. Elle incarne une femme forte, intellectuelle, intelligente mais sans sécheresse. Une femme qui a aimé et qui aime. Une femme généreuse. Il y a de la douleur dans ce personnage et Line Renaud le donne à comprendre avec tact. C'est superbe. Raphaëline Goupilleau est Chloé, une femme encore jeune qui n'a plus d'espérance mais qui se réveille enfin. Elle est très bien, Raphaëline Goupilleau, comme toujours. Face à ces deux beaux personnages, à ces deux grandes comédiennes, il y a un artiste époustouflant. On admire depuis le Conservatoire Samuel Labarthe. Ici, il est encore plus étonnant que d'habitude. D'abord parce qu'il doit jouer avec l'accent américain et qu'il le fait avec un naturel confondant. Ensuite parce qu'il donne au personnage complexe et déchiré imaginé par Horovitz une épaisseur humaine, une densité, une vulnérabilité en même temps et que ce travail, cette interprétation est tout simplement admirable.

Faut-il en dire plus ? Non. Un des meilleurs spectacles que l'on puisse voir à Paris ces temps-ci. Courez-y ! Londres veut voir jouer Line Renaud, en anglais...

Théâtre Marigny, à 20h30 du mardi au vendredi, 16h et 21h le samedi. Durée : 1h entracte de vingt minutes, 1h (0 892 222 333). Programme remis aux spectateurs et texte publié avec tout un dossier documentaire, Avant-scène théâtre N°1257, 1er février 2009.

Pour soixante représentations exceptionnelles.





Les photos sont de Richard Vialeron/Le Figaro.

Celle de la couverture de l'Avant scène est de Pascal Victor