vendredi 5 septembre 2008

Victor sur un plateau...

PIERRE RICHARD N'EST PLUS SEUL

" Ce n'est pas parce qu'on a 80 ans qu'on est forcément seul au monde, sans personne pour s'intéresser à vous. On peut très bien avoir cet âge relativement avancé et être entouré, et même très bien entouré. Prenez Victor, un ancien libraire fort attachant : il a les traits de Pierre Richard, et Clémentine Célarié, Antoine Duléry, Sara Forestier et Lambert Wilson s'occuperont bien de lui dans le prochain film de Thomas Gilou.

Tous se prendront d'affection pour Victor et décideront d'organiser une chaîne de générosité pour qu'il ne soit pas expulsé et qu'il coule des derniers jours heureux et peinards. Réalisateur de Michou d'Auber, Thomas Gilou s'est chargé de l'adaptation du roman éponyme de Michèle Fitoussi, en compagnie de Lisa Azuelos, Jean-Marie Zovaro et Maléna Santillana
Tous les acteurs rejoindront Victor à partir du 22 septembre à Paris et pour une durée de 9 semaines. Juste le temps de le sortir du pétrin." In /www.toutlecine.com/

Tout ça pour dire que oui, ça y est, Le tournage de"Victor" commence le 22 septembre et que les producteurs, Farid Lahouassa ( (Vertigo) et Anouk Nora ( by alternative) n'ont pas perdu de temps...

dimanche 20 avril 2008

Bonnes adresses à Tel Aviv


Mes bonnes adresses à Tel Aviv.

j’ai fait ce reportage , paru dans ELLE du 11 mars, en parallèle avec mon dossier sur les écrivaines israeliennes. Comme on me demande souvent mes bonnes adresses à Tel Aviv, en voilà quelques unes à ne pas rater. Mais il y en a plein d’autres, Tel Aviv est une ville où on mange bien, , et où on s’amuse beaucoup.
La photo a été prise dans mon restaurant favori, sur la plage, par le photographe paolo Woods qui m'accompagnait lors de ce reportage.


Autour de Rothschild.
C’est Le St Germain des Prés de Tel Aviv. La plus jolie promenade à la fraîche.
La Cantina, le restaurant italien du tout cinéma et télé. La cantine préférée de l’écrivain Alona Kimhi. Terrasse cool.
71 boulevard Rothschild
Orna et Ella, incontournable depuis 15 ans, un des meilleurs restaus de la ville, parfait pour un déjeuner de copines ou un tête à tête amoureux, le soir. L’endroit a servi de cadre à Eytan Fox pour son film « The Bubble ».
33 rue Sheinkin

Neve Tsedek et Lilienblum.
Neve Tsedek est le plus vieux quartier de Tel Aviv, village fleuri aux rues sinueuses, coincé entre les tours. Baba et trendy le jour, galeries, boutiques de créateurs, intense vie nocturne.
Suzanna Café : sur la terrasse ombragée par un immense figuier, y siroter une lemon nana (citronnade à la menthe fraiche), ou déguster une salade orientale, en face du centre de danse contemporaine Suzanne Dellal.
9 rue Shabazi
Nanuchka
Parmi les innombrables bars concentrés dans le secteur, l’un des plus sympathiques. Bistro géorgien situé dans une vieille maison, au décor russo-kitsch, on y dîne très bien. Quelques vodkas et mojitos plus tard, tout le monde danse autour du bar et même dessus, jusqu’aux première heures de l’aube. Excellents DJ , ambiance très chaleureuse.
28 rue Lilienblum

Yaffo :
Au Sud de la ville, le très charmant et très vieux port, qui donne un cachet oriental à la ville. Population éclectique, arabes musulmans et chrétiens, juifs orientaux, intellos, artistes et yuppies. Vieilles ruelles et marché aux Puces.
Manta Ray, au bout de la plage de Tel Aviv, avant d’arriver à Yaffo. Fusion food et meilleurs mezzés de la ville. Un déjeuner tardif sur la terrasse en bord de mer pour admirer le soleil qui décline, c’est juste le goût du bonheur.
Sur la plage, face à l’hôtel David Intercontinental.
Puah, café restaurant, au milieu du marché aux Puces. Murs pastel, meubles dépareillés, tous à vendre. Coolissime.
8 rue Rabbi Yohanan.
Abu Elafia et fils. LE boulanger de Tel Aviv établi depuis 1880 Une légende. Multitude de pains à se damner. Pizza arab style et oriental bagel.
7 Yefet street

Le nouveau port.
Avec ses hangars et ses docks rénovés, l’un des lieux les plus fréquentés, de jour comme de nuit. Restaus, boutiques, bars et très nombreuses boites de nuit. Balade incontournable sur les planches.
Comme il faut. Un univers totalement féminin, géré par des féministes.Concept très réussi. Boutique de vêtements de créateurs ( assez chers) sex shop, spa et excellent restau bio. Hangar 26.

Et encore :
Nachema café. Parmi tous les cafés sympas de la ville, le Nachema, situé au bout de la très jolie rue Ahad Ha’Am, en face du théâtre Habima, est le seul endroit public où on peut encore fumer à Tel Aviv. Repaire d’acteurs et d’auteurs de théâtre.
Au coin de Ben Zion et de Ahad Ha’Am.

Tolaet Sefarim. Une des librairies-coffee-shop préférées des habitants de Tel Aviv, tenue par deux passionnées de littérature qui organisent séances de dédicaces et soirées littéraires.
9 place Rabin.


A emporter dans la valise :
Israël et les Territoires Palestiniens, l’excellent guide Lonely Planet enfin publié en français.
Tel Aviv, Carnets de route, Editions Marcus & Guysen Editions

mardi 1 avril 2008

Avec l'âge



J'ai reçu ce matin deux petits livres de cartoons. L'auteur s'appelle Géraldine Kosiak, l'un s'intitule " Avec l'âge " et l'autre" J'ai peur " ( Seuil), , le second a été réédité. C'est drôle, fin, plein d'auto-dérision, digne des dessins du New Yorker que j'adore.
" Avec l'âge" pourrait être ma Bible, mon maître à penser, mon livre de chevet ( d'ailleurs il va le devenir).
Je ne résiste pas à publier ici l'un de mes dessins préférés, mais il y en a beaucoup, beaucoup d'autres. ( Moins de quarante ans s'abstenir, quoique....)

Le prix Lilas



Où avais- je la tête?J’ai complètement oublié de vous parler du prix Lilas décerné la semaine dernière, lors d’une fête mémorable qui a eu lieu à la Closerie des Lilas, à Paris, à Cécile Reyboz pour son trés joli roman paru chez Actes Sud : “Chansons pour bestioles”.
Bien sûr, je vous engage à le lire, c’est un roman fin, drôle, léger et grave, l’histoire d’une jeune femme pas trés bien adaptée à sa vie, qui décide un jour de larguer les amarres pour partir retrouver son père en province. Presque tout le récit se déroule dans un train : c’est cocasse, bourré de trouvailles et de scènes d’anthologie.On se dit : ” Non, elle ne va pas le faire”….Et bien si….
Ce prix qui est vraiment unique et sympathique comme tout, a été créé l’année dernière par un petit groupe d’écrivaines et journalistes littéraires pour couronner un roman écrit par une femme. Le jury est entièrement féminin et tournant pour partie.
Cette année s’est ajouté le prix de la meilleure attachée de presse, de la meilleure éditrice et des meilleures libraires décerné par l'Académie Lilas, dont les membres étaient jurés l'année précédente.
Cette année, j’y participais avec Isabel Alonso, Amanda Sthers, Eliette Abecassis, Stéphanie Janicot, Tatiana de Rosnay, Emmanuelle de Boysson, Noëlle Chatelet, Audrey Diwan, Christine Ferniot, Adelaïde de Clermont Tonnerre, Jessica Nelson. Et aussi Carole Chrétienneau qui s’occupe des relations publiques de la Closerie des Lilas et du Flore et qui a été à l'origine de ces deux prix. Je n'oublie pas non plus la délicieuse Marie Jacquier qui s'est occupée de nos relations de presse et de toute la logistique bouquins.Mais elle ne votait pas même si elle a pris une part active à nos débats.
Les débats ont été ardus, les auteures sélectionnées étaient toutes d’une grande qualité. Et surtout il a régné pendant ces déjeuners où nous avons beaucoup parlé littérature, une énergie trés stimulante, beaucoup d’amitié et de bienveillance. Et pas mal de fous rires : sous ses dehors un tantinet bon genre, Tatiana de Rosnay est une imitatrice hors pair.
Et c’est elle qui tient scrupuleusement le blog du Prix. Où avais- je la tête?J’ai complètement oublié de vous parler du prix Lilas décerné la semaine dernière, lors d’une fête mémorable qui a eu lieu à la Closerie des Lilas, à Paris, à Cécile Reyboz pour son trés joli roman paru chez Actes Sud : “Chansons pour bestioles”.
Bien sûr, je vous engage à le lire, c’est un roman fin, drôle, léger et grave, l’histoire d’une jeune femme pas trés bien adaptée à sa vie, qui décide un jour de larguer les amarres pour partir retrouver son père en province. Presque tout le récit se déroule dans un train : c’est cocasse, bourré de trouvailles et de scènes d’anthologie.On se dit : ” Non, elle ne va pas le faire”….Et bien si….
Ce prix qui est vraiment unique et sympathique comme tout, a été créé l’année dernière par un petit groupe d’écrivaines et journalistes littéraires pour couronner un roman écrit par une femme. Le jury est entièrement féminin et tournant pour partie.
Cette année s’est ajouté le prix de la meilleure attachée de presse, de la meilleure éditrice et des meilleures libraires décerné par l'Académie Lilas, dont les membres étaient jurés l'année précédente.
Cette année, j’y participais avec Isabel Alonso, Amanda Sthers, Eliette Abecassis, Stéphanie Janicot, Tatiana de Rosnay, Emmanuelle de Boysson, Noëlle Chatelet, Audrey Diwan, Christine Ferniot, Adelaïde de Clermont Tonnerre, Jessica Nelson. Et aussi Carole Chrétienneau qui s’occupe des relations publiques de la Closerie des Lilas et du Flore et qui a été à l'origine de ces deux prix. Je n'oublie pas non plus la délicieuse Marie Jacquier qui s'est occupée de nos relations de presse et de toute la logistique bouquins.Mais elle ne votait pas même si elle a pris une part active à nos débats.
Les débats ont été ardus, les auteures sélectionnées étaient toutes d’une grande qualité. Et surtout il a régné pendant ces déjeuners où nous avons beaucoup parlé littérature, une énergie trés stimulante, beaucoup d’amitié et de bienveillance. Et pas mal de fous rires : sous ses dehors un tantinet bon genre, Tatiana de Rosnay est une imitatrice hors pair.
Et c’est elle qui tient scrupuleusement le blog du Prix. http://prixlilasblog.over-blog.com
Allez voir aussi sur le blog de la délicieuse Adélaïde de Clermont-Tonnerre qui a chroniqué le prix pour Point de Vue.
http://www.pointdevue.fr/img/upl/File/adelaide_city/bienvenue.pdf

lundi 24 mars 2008

Rencontre aux Editions des Femmes

Isabelle Juppé a écrit un livre trés interessant sur l’Internet et les femmes qui pose d’excellentes questions sur l’usage de l’outil particulièrement sur celui qu’en font les femmes.Venez…

Voici l’annonce passée par les Editions des Femmes
Mardi 25 mars de 18h30 à 21h30 au 35 rue Jacob, Paris VIeme
L'Espace des Femmes vous invite à rencontrer


Isabelle Juppé (auteur de La femme digitale) et Michèle Fitoussi (écrivain, éditorialiste à Elle)

autour des rapports que les femmes entretiennent avec Internet et les nouvelles technologies

A l'ère de la révolution numérique, dont l'Homme expérimente tous les jours les changements fondamentaux, quelle influence exerce le genre féminin ? En quoi le fait d'être une femme donne-t-il une forme singulière à la sphère numérique ? Après deux années d'enquête, les réalités dégagées par Isabelle Juppé dans La Femme digitale (JCLattès) sont proprement passionnantes. Et parce que les femmes sont épouses, mères, amies, professionnelles, pourquoi ne pas engager une réflexion sur les dérives du digital et la transmission d'un usage réfléchi de ces nouveaux médias aux prochaines générations.

Michèle Fitoussi, écrivain, éditorialiste à ELLE, engage le débat avec Isabelle Juppé.

dimanche 2 mars 2008

Bonheur du matin, plaisir du soir

Le premier geste, vers 10 heures , si je suis toujours chez moi, en train d'écrire? Passer de France Inter et des excellents Nicolas Demorand, puis Colombe Schneck, à TSF. De même le soir, lorsque je suis encore à ma table de travail ou que je bouquine. C'est la meilleure station que je connaisse, avec tous les standards , les nouveautés, la voix de Pierre Bouteiller qui avec Si Bémol et fa Dèse enchante et fait chanter les fous du jazz. Le bonheur du matin, le plaisir du soir et comme par chance, de plus en plus de chauffeurs de taxis l'écoutent, j'en grapille toute la journée.

Trop nul ce boycott

Boycotter les auteurs israëliens qui viennent cette année au Salon du Livre de Paris? La polémique, qu’on attendait bien évidemment ( ah, comme ce genre de manifestations est prévisible, c’est d’un lassant….), a débuté au moment de la Foire du Livre de Turin qui invitait aussi des Israëliens. Elle commence à prendre de l’ampleur.
Tariq Ramadan qui n’en rate décidément pas une, a bénéficié d’une pleine page dans le Monde* pour exprimer son “mécontentement” devant cette invitation. Ah, qu’en termes emberlificotés il explique son soutien au boycott pour protester contre la célébration politique des 60 ans d’un Etat « qui pratique l’apartheid ».. Tout en assurant qu’il est prêt à débattre avec des auteurs israëliens…. de littérature.
Mais c’est tout ce qu’on lui demande ! A lui et aux autres boy-cocotteurs qui cacaquètent comme des poules en cocolère. Qu’ils parlent enfin de littérature, bien absente de ce tonnerres d’imprécations on ne peut plus vaseuses. A-t-on boycotté les auteurs indiens l’an dernier, à cause du système inique de castes dans leur pays ou de la répression sanglante au Cachemire ? Ca aurait été dommage. Boycottera-t-on demain la trés riche littérature iranienne parce que le président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad est un danger public ? Pourquoi tout mélanger?
N’en déplaise à tous ces empêcheurs de lire en rond, la littérature israëlienne fait partie des plus grandes. Et les 39 invités de ce salon, Amos Oz, David Grossman, Zeruya Shalev, Alonha Kimhi, Etgar Keret, Meir Shalev…sont des auteurs très importants, traduits dans de nombreux pays, bardés de prix et de talent. S’il est tout à fait légitime de critiquer la politique israëlienne (et d’ailleurs ces écrivains, tous de gauche, soit dit en passant, ne s’en sont jamais privés, ainsi Grossman et Oz sont parmi les fondateurs du mouvement « la Paix Maintenant ») on se demande ce que viennnent faire l’écriture, la culture dans le débat. C’est hors sujet.
De même, la distinction entre littérature hébraïque et littérature israëlienne trés en vogue en ce moment pour justifier ( en partie) ce tapage. En partie, bien sûr. Oui, c’est vrai, il y a des écrivains en Israël qui écrivent en anglais, en arabe, en russe….Mais si les organisateurs ont choisi d’ inviter des écrivains s’exprimant en hébreu, c’est que l’hébreu moderne, qui émerge au début des années 20, a une histoire toute particulière, celle d’une langue à la fois trés ancienne et trés jeune, dans laquelle il a fallu créer de nombreux néologismes pour l’utiliser comme ciment d’un Etat nouvellement créé. Ce n’est pas un hasard si ce parti pris est contesté. C’est aussi que l’un des plus grands auteurs israëliens, S.Y Agnon, qui a influencé des générations d’écrivains après lui, a eu le prix Nobel de littérature en 1966. C’est enfin que c’est une langue passionnante, qui bouge, qui vit, passée du classicisme aux résonnances bibliques, à la langue de la rue, sous l’influence d’auteurs comme Orly Castel Bloom ou Etgar Keret, précisément. Ces auteurs racontent leur société de l’intérieur : Israël n’est pas seulement un état en guerre, c’est un pays tout court, avec des gens qui vivent normalement, qui s’expriment, qui sont pour ou contre, qui sont inquiets, qui ont des enfants au front.
Je suis contre les boycotts, par principe. C’est contre-productif. Je trouve dommage que que les pays du Maghreb et du Moyen Orient, la Tunisie, le Maroc, l’Algérie, le Liban aient cru bon de retirer leurs stands. On aurait aimé découvrir cette année encore leurs écrivains. Et j’espère sincèrement que les auteurs palestiniens seront les prochains invités du Salon du Livre ( qui s’élèvera alors pour protester que les Israëliens ne sont pas invités, comme s’il fallait toujours les associer les uns aux autres mais dans un seul sens seulement ? ), car leur production littéraire est souvent trés bonne. Je viens de recevoir deux romans, l’un de Susan Abulhawa ( Buchet.Castel) l’autre de Sari Nusseibeh ( JC Lattès) qui me donnent très envie de m’y plonger.Et je n’ai qu’un conseil à vous donner : lisez relisez découvrez ou redécouvrez ces auteurs au salon du Livre. Il y a aura des tables rondes, des débats. Pourquoi se priver d’une occasion de discuter?
J’étais à Tel Aviv pour réaliser un dossier qui paraitra dans ELLE la semaine du 11 mars, sur les auteures israëliennes. J’en connaissais certaines, j’en ai découvert d’autres avec bonheur. Je les ai toutes rencontrées. Ce sont des femmes formidables, intelligentes, lucides, talentueuses. Leurs livres embrassent des sujets vastes, loin de tout nombrilisme. Elles sont graves, drôles, caustiques, émouvantes, dures, rebelles, cassantes, courageuses sans complaisance, elles n’ont pas froid aux yeux. Elles ont souvent peur, elles n’aiment pas forcément leur vie là bas. Mais elles aiment leur pays même si elles ne se sentent pas toujours en phase avec lui. Elles décrivent leur société de l’intérieur, la décryptent avec finesse, appuient là où ça fait mal, c’est le rôle premier de l’écriture, non? Ce sont des écrivaines. Des vraies. Tout le reste n’est pas ….. littérature
* Le Monde du 29 février.

jeudi 14 février 2008

La Shoah au CM2


Au diner annuel du Crif, Nicolas Sarkozy a annoncé que, à partir de la rentrée scolaire 2008, il souhaitait que chaque enfant de CM2 se voit « confier la mémoire » d’un enfant français victime de la Shoah.

Bonne intention certes, et louable au premier abord. Trop de polémiques ces dernières années ont eu lieu dans les établissements scolaires sur l’extermination des Juifs en Europe, trop de dérives contestables et nauséuses, quand il ne s’est pas s’agit de révisonnisme et d’antisémitisme primaire. Pour les contrer, l’apprentissage à l’école de ce qui s’est passé en France et ailleurs, dans ces heures très sombres de notre histoire, surtout lorsque les manuels scolaires traitent à peine de la question, semble évidemment primordial. Pour autant, la démarche retenue laisse perplexe. Dix ans ( l’âge d’un élève de CM2) ,n’est ce pas trop jeune pour appréhender la Shoah, surtout sur un tel mode affectif ? N’est ce pas trop lourd à porter ? Que retiendront les enfants de ce parrainage obligatoire ? On se souvient de la polémique sur la lettre de Guy Moquet . Pourquoi en créer une autre, et surtout celle là, au sein des établissements scolaires, avec des enseignants qui seront contre, souvent pour des raisons politiques, sans compter tous ceux qui n’auront pas les outils pédagogiques pour en parler? On a déjà constaté à quel point la visite de lycéens à Auschwitz comportait de limites. Enseigner ce qui s’est passé est important, surtout à l’heure où les derniers survivants de la Shoah vont s’éteindre. Mais il y a surement d’autres façons, plus subtiles, moins contraignantes, de pérpétuer la mémoire
Michèle Fitoussi.

Publié dans le Telegramme du vendredi 15 février 2008

mardi 29 janvier 2008

Tata suzanne sur daily emotion

C'est irrésistible : une recette de boulou ( patisserie traditionnelle tunisienne) filmée sans doute par un petit neveu. Cette  trés vieille dame ne sait sans doute pas qu'elle va figurer sur Daily Motion. Elle ne sait pas non plus ce que veut dire Internet ni à quoi ça sert. Mais elle se laisse filmer pour la postérité.Un peu impatiente parce qu'il ne comprend au quart de tour. Et puis elle aussi elle perd patience et retourne à l'arabe ou plutôt au judéo arabe qu'elle manie plus aisément que le français.
Cette mamie là, , cette voix, ces gestes, cette langue.... C'est toute mon enfance en Tunisie. Plutôt une madeleine qu'un boulou. J'ai l'impression de revoir ma grand-mère. Qui ne lui ressemblait pas du reste, mais il y a quelque chose de commun...
Quand Internet sert de courroie de transmission intergénérations...C'est génial cette passation du savoir faire et du patrimoine culinaire.Formidable aussi de cueillir ces instants. Ils sont précieux parce qu'ils ne seront bientôt plus. 
Allez là regarder sur Daily Motion ( je n'arraive pas à mettre un lien, il faut taper la googleliser à : le boulou de tata Suzanne) 
 Ca vaut le coup d'oeil.Le fou rire et la petite larme.Pour ceux qui savent et les autres. Allez-y, filmez vos grands mères.


Recette du boulou de tata suzanne

recette du boulou de tata suzanne
Vidéo envoyée par AZRAIIN

recette de patisserie tunisienne

Un nouveau blog.

 un blog c'est déjà beaucoup de boulot : la preuve, je n'écris pas souvent..Alors deux? je me suis laissée convaincre. j'ai crée un  autre blog sur elle.fr, le site de mon magazine préféré. Ca va faire double emploi, double charge de travail? Disons, qu'ici c'est la maison, et là bas le boulot...Plutôt chic, non? On verre au gré de mes humeurs et de ce que j'ai à dire ou à lire. Il faudra donc  me rejoindre là bas, pour se mettre à jour.Et inversement.

jeudi 10 janvier 2008

A la rencontre de daniel mendelsohn


     " Les Disparus" de Daniel Mendelsohn : quel livre! Quelle puissance! Quelle intelligence! Quel brio!  On croit lire un livre de plus sur la Shoah, on croit avoir fait le tour du sujet, avoir lu beaucoup, presque trop. A-t-on jamais trop lu sur cette tragédie?  
      
      "Les Disparus"  est un ouvrage  indispensable. Tour à tour,  récit littéraire, journalistique, , thriller, journal intime, psychanalyse, mais aussi  enquête précise, douloureuse sur les atrocités qui ont eu lieu à Bolechow, la ville natale de sa famille, le rôle des Allemands,, la responsabilité des Ukrainiens, la sauvagerie, l'horreur à l'état pur. ... 
      C'est une Recherche en raccourci, "recherche de l'oncle perdu",  mais aussi quête de soi, des racines, réflexion sur le mal, sur l'Histoire, sur ce qu'on a appelé " La Shoah par balles", en Ukraine, avec des références littéraires ( Proust et Sebald, ses auteurs préférés), bibliques, mythologiques. 
   Mendelsohn cite  Enée, face aux victoires des Carthaginois et à sa phrase célèbre ( Sunt lacrilae rerum : il y a des larmes dans les choses, ce qui veut dire que ce qui est inerte pour les uns, musées, temples,  récits de guerre ou de massacres, , est source de douleur pour les autres) 
    
    L'auteur, un juif  américain né à Long Island en 1960, est parti sur les traces  de son grand-oncle, de sa grand-tante et de leurs quatre filles, assassinées  par les nazis durant la dernière guerre, en Ukraine, six parmi les six millions comme l'indique le sous -titre du livre ( qui bizarrement n'a pas été traduit).  
C'est aussi un livre sur la narration. Comment on raconte une histoire, l'Histoire.." 
      Il  est venu à Paris la semaine dernière et mardi 8 janvier, il était au musée d'Art et du Judaïsme, pour une conversation publique avec Alain Finkielkraut. 
S'exprimant dans un français impeccable, il s'est montré fin, drôle, brillant, humble et sûr de lui à la fois, de ce qu'il a écrit , de la portée de ce livre. Un juif new-yorkais, plutôt beau gosse, de 45 ans, bobo et gay, super intello, prof de latin grec, un régal. 
     Finkielkraut était , comme à l'accoutumé, professoral, livresque, brillant. Il multipliait les citations pour expliciter mieux sa pensée, et puis au détour d'une phrase un peu longue,un peu pédante, jamais ennuyeuse sur le fond ( comme l'intelligence peut-elle ennuyer? )   soudain il se livrait :  sa grand-mère de Lvov, sa tante cachée dans une armoire. 
   Et, par dessus tout,  son regret de ne pas être,comme Mendelsohn, parti sur les traces de ses propres  disparus. Parce que, expliquait-il, les enfants des survivants, en Europe, se sont vu signifier l'interdit d'y retourner par leurs parents. Alors que les Américains, plus distants, sont moins coupables d'avoir survécu. 

  "     Mon livre est l'histoire de la recherche d'une identité, a dit Mendelsohn en substance. La mienne. Enfant,quand j'entrais dans une pièce, les gens fondaient en larmes parce que je ressemblais tant à mon oncle Schmuel. C'est bizarre, quand on est un enfant de susciter des larmes; d'habitude les gens, surtout la famille, sont joyeux quand ils vous voient.  Je ne savais plus qui j'étais.  Je savais que je n'étais pas mon oncle . Mais si je n'étais pas lui, qui étais-je alors ?  Il m'a fallu partir à sa recherche, découvrir comment il était mort, pour enfin, m'en délivrer. 
       Une de mes amies m'a dit : " tu as écrit ce livre parce que ton grand-père n'a pas pu sauver son frère". Je pense qu'elle a raison.
     J'ai aussi voulu raconter comment l'Histoire se passe. Car c'est aussi un livre sur l'Histoire même s'il parle avant tout de ma famille. Mais c'est aussi un livre plein de larmes, qui ne se termine pas bien, car cette tragédie , la Shoah, n'a pas de fin" 
    
       La conversation aduré une heure et c'était trop court. Le public français ne s'y est pas trompé qui a fait de ce livre un des succès de l'année dernière. 

vendredi 4 janvier 2008

My funny valentine


Qui se souvient de la Valentine? Cette petite machine à écrire rouge créée en 1969, qui ressemblait à un jouet pour apprentis journalistes ou auteurs.Son créateur, Ettore Sottsass, le pape du design italien, le créateur du mouvement Memphis vient de s’éteindre à Milan, à l’âge de 90 ans…Un grand monsieur, architecte, humaniste et poète, créateur d’objets qui ont peu ou prou révolutionné notre quotidien: mobilier, vaisselle, vases, etc…pour lui le design c’était avant tout “ bien vivre”. Nostalgie, nostalgie : bien avant la démocratisation de l’ordinateur ( il a participé au design des premiers modèles chez Olivetti dont il était conseiller artistique) Sottsass a inventé, toujours pour la firme, cette fameuse petite machine à écrire, vite devenue l’emblème des “intellos” alors qu’il la voulait populaire. Je me souviens de mes premiers papiers tapés sur Valentine, du papier carbone pour doubler les copies, du tipex qui blanchissait les doigts, des pages qui finissaient en boule dans la corbeille, parce qu’alors on ne rêvait même pas de la fonction “couper-coller”. Forcément un objet que les moins de trente ans, ne peuvent pas connaitre, mais qui a sans doute contribué à créer des centaines de livres et d’articles . Un combat pourtant perdu d’avance : impossible de lutter contre l’ordinateur et sa version portable. Mais la vaillante petite Valentine a tout de même fini ses jours au musée : à New York , le Moma en possède un exemplaire. Et sur e-bay, on la trouve aux enchères.

Publié dans le Télégramme du vendred 4 janvier 2008

jeudi 3 janvier 2008

Des nouvelles de malika oufkir

Une photo que j'adore, prise sous le soleil de la Floride à la fin de ce mois de décembre. C'est Malika et son fils, Adam, 2 ans, le roi des bébés, mignon, malin, drôle, affectueux, intelligent et si mûr pour son âge.
Malika est allé le chercher au Maroc, il y a deux ans. Elle raconte dans les premières pages de son livre " L'Etrangère", comment, partie pour adopter une petite fille, elle est tombée sous le charme de ce nouveau-né d'à peine trois semaines. Il l'appelait littéralement et en le serrant contre son coeur, elle a su que c'était lui....
Aprés pas mal de difficultés, l'adoption n'existant pas au Maroc, Adam a rejoint ses parents, Malika et Eric, au mois de février dernier en Floride où la famille est installée depuis 2002. Malika s'est bagarrée pour construire sa nouvelle vie, au soleil, car elle ne supportait plus la grisaille parisienne " J'ai trop passé d'années à l'ombre" dit-elle. Loin du Maroc, les Etats- Unis l'ont attirée, pour la liberté de mouvements ( " Ici, tout le monde est logé à la même enseigne, personne ne fait attention à vous, on peut vivre dans l'anonymat si on le souhaite") et le facilité de la vie. Le choix de Miami s'est tout de suite imposé, pour l'indolence et la douceur de vivre. Elle est d'abord partie en éclareuse, avec Nawel, la fille de sa soeur Myriam, qu'elle élève depuis l'âge de deux ans comme se propre fille,puis Eric les a rejointes et enfin Adam est venu compléter la famille.
Architecte de formation, Eric a travaillé à Miami, il a été directeur d'ouvrage de " L'Alliance Française", puis il atrouvé un job à Orlando. Il supervise la construction d'une chaine de restaurants à travers les Etats Unis.
Toute la famille a déménagé là bas. Nawel, 13 ans, étudie dans une école privée. Elle manie l'anglais comme une vraie petite Américaine, et parle aussi , outre le français, sa langue maternelle, l'espagnol et l'arabe. Malika s'occupe de la maison et des enfants. Ils se sont construit tous les quatre une petite vie tranquille et calme.
" C'est le bonheur" dit Malika, comblée par son Adam, qu'elle adore et qui le lui rend bien. Elle rattrape ainsi tout ce temps perdu gâché, volé, et de son propre aveu, vit comme si elle avait vingt ans de moins, dans la bulle qu'elle s'est bâtie. " Pour rien au monde, je ne reviendrais en France".

vendredi 30 novembre 2007

Sur face book

J'ai écrit un édito cette semaine dans ELLE, sur le phénomène Facebook et celui des réseaux en général. C'est vrai que je n'ai pas supporté l'expérience...A présent,je suis sur Small World, plus élitiste. Là encore,j'observe. Ci-joint mon édito.

"Ah bon, tu n’es pas encore sur « Facebook » ? me demande-t-on avec le brin de commisération qu’on arbore devant ceux qui ne savent pas prendre le train de la net attitude en marche. Nuance : je ne suis PLUS sur « Facebook ». Je me suis « défacebookisée ». Difficilement, certes, tant la fuite relève de la mission impossible : à chaque bonne raison invoquée pour en partir, le site m’en a donné une bien meilleure pour y rester… Mais quel soulagement quand j’ai claqué la porte au nez d’un million d’amis réels ou potentiels. Je me la raconte? Vu la façon dont mes contacts se sont multipliés en l’espace de quelques jours, si je n’avais pas dit stop, ma vie sociale aurait fini par ressembler au périph un soir de grève des transports, avec des files de mails embouteillés attendant le feu vert de ma part. « Machinette vous propose de la rejoindre sur Facebook »… Le genre d’invit qui fait un carton.
Pour celles et ceux qui ignoreraient l’existence de Facebook, précisons que ce nouveau site de réseau social, inventé par un étudiant de Harvard à peine pubère et déjà milliardaire ( de la graine de Bill Gates ) a comme principe la « chasse aux amis ». Et plus, parfois, si affinités. C’est tellement simple (on s’inscrit, on met sa photo, son CV, ses hobbies, et c’est parti) que tout le monde y est ou veut y être. Sauf moi et quelques attardés de mon espèce. 50 millions d’internautes dont plus de 700 000 en France : et ce n’est qu’un début. Regrouper ses amis, sa famille, ses collègues, ses relations, ses copains d’avant, ceux qu’on a croisé trente secondes à Palavas-Les-Flots ou à Kuala Lumpur, ceux qui gagnent à être connus, ceux qu’on ne connaît pas encore, et les connecter ensemble, c’est tentant. C’est la clé du succès facebookien et celle de la réussite de ses membres. Plus on en a, plus on en « est ». Prime au narcissisme, nique à la solitude, tremplin pour les ambitieux ?Tout ça à la fois, sans doute. On compte ses amis comme les moutons que nous sommes, le soir pour s’endormir. En un clic, on sait tout d’eux, comme eux savent tout de vous. Une manne pour les publicitaires, les politiques, les hackers. Car les infos, palpitantes, profondes, tombent en temps réel : « Machinette s’est inscrite au club des joueurs de banjo ambidextres», « Machinette et Truc sont désormais amis ». C’est cool ? Mmmm. Car trop d’amis tuent les amis, à force. Où les caser ? Combien d’heures leur consacrer entre My Space, Second Life, etc... ? Il faudrait une troisième, voire une quatrième Life. Comment fait-on quand on manque déjà de temps dans la première" ?


PS : Un an plus tard, parce qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas ( ou changent d'avis), je me suis réinscrite sur Face Book. Ma vie sociale n'est pas embouteillée, j'y trouve même certains avantages, à condition d'en connaitre le mode d'emploi.

jeudi 29 novembre 2007

Il faut sauver ayaan hirsi ali


Nous sommes trés nombreux à le savoir : Ayaan Hirsi Ali est une femme de combat exceptionnelle, courageuse, tenace, émouvante. Moi qui la connais un peu depuis deux ans déjà, je ne peux que témoigner de sa bravoure et de son opiniâtreté. Et off the record, elle est drôle, brillante, elle aime la vie et préfèrerait mille fois ne pas avoir à subir jour et nuit la présence de quatre gardes du corps qui ne la lâchent pas d'une semelle. Elle a peur mais elle le cache car elle ne veut pas faire triompher ceux qui cherchent à la terroriser. Elle continue bravement son chemin, engagée toute entière dans la défense des droits des femmes, des valeurs du monde occidentale contre les intégrismes de tous poils.
Pourtant, quand on évoque son nom, certains grimacent. « Ayaan Hirsi Ali a menti pour se refugier aux Pays-Bas ; elle en est partie à la suite d’un scandale ; elle travaille aux Etats-Unis pour les néo-conservateurs; elle pourfend l’islam, pas seulement les islamistes… » Pour un peu, on trouverait presque normale la décision du gouvernement néerlandais de ne plus payer ses gardes du corps depuis le 1er octobre dernier. Une façon d’évacuer le problème à bon compte. Rappelons pourtant que Ayaan Hirsi Ali, est une femme de combat exceptionnelle dont le courage force l’admiration. Cette hollandaise d’origine somalienne, ex députée libérale au parlement néerlandais, est menacée de mort par les islamistes depuis l’assassinat du cinéaste Théo Van Gogh en 2004, avec lequel elle avait co-signé un film « subversif » sur la condition des Musulmanes. Qu’elle s’est réfugiée aux Etats-Unis, parce qu’aux Pays-Bas, ses voisins terrorisés refusaient qu’elle habite dans leur entourage. « Les Américains ont été les seuls à m’offrir un job. Je me sens plus en sécurité là bas. Je peux écrire,mener une vie à peu près normale » Ayaan réfute les critiques avec calme. « Avant de me présenter aux élections, en 2002, j’ai avoué à mon parti et au ministère de la Justice que pour entrer en Hollande, j’ai dit que je fuyais la guerre civile somalienne plutôt qu’un mariage forcé.Tout le monde le savait. Où est le crime? » Et ses positions pro- américaines, qui heurtent ceux qui pourraient la défendre à gauche ? « Je suis une libérale, c’est vrai. Mais pour moi le vrai débat n’est pas la droite contre la gauche, mais les valeurs occidentales contre l’islamisme. Comme Taslima Nasreen, dont la situation actuelle en Inde est proprement scandaleuse, je me bats pour la liberté de penser et pour les droits des femmes. Pourquoi les Françaises, les Européennes, ne réagissent-elles pas plus que cela pour m’aider ? Ma situation les concerne toutes, pourtant…»
Et pourquoi les Néérlandais cessent-ils de la protéger malgré leurs promesses ?« Ils pensent que mes critiques ont fait augmenter le nombre de radicaux musulmans. C’est devenu un tabou de critiquer l’islam en Europe. Il y a différentes façons de me réduire au silence : soit en me menaçant de mort, soit en me traitant de folle, comme certains de mes adversaires politiques, soit en s’en lavant les mains. Les Hollandais espèrent secrètement que si je ne suis plus protégée, je me tairais. ». Le gouvernement américain ne pouvant financer la protection d’une personne privée, Ayaan a levé un fonds spécial et « mendie » pour assurer le moment sa sécurité. Un site est en création pour rassembler les donateurs. Une solution serait de la nommer diplomate, mais les Néerlandais ont aussi refusé ce compromis. En Europe, seul le Danemark a offert de l’accueilir. En France, une pétition circule pour qu’elle soit nommée citoyenne d’honneur. « Un geste symbolique pour montrer aux Hollandais qu’ils ont tort, dit Pascal Bruckner à l’origine de la pétition. Ce ne serait pas un geste hostile à l’islam, mais une façon réaffirmer la vocation de la France, pays de Voltaire, à combattre l’intolérance. »
Du côté du ministère des Affaires Etrangères, une idée fait son chemin : celle de la création d’un fonds européen qui assure la sécurité et la liberté de circulation de toute personne menacée. L’Europe de la liberté d’expression en somme. Mais en attendant, il y a urgence : Ayaan est plus que jamais en danger.

vendredi 12 octobre 2007

Lisbeth salander


Retenez bien son nom et son prénom. Lisbeth Salander,25 ans, 1,42 m, nationalité: suédoise, signes particuliers : hacker de génie et sociopathe.
Lisbeth qui est en passe de devenir une figure culte dans l'univers du polar, est l'héroïne de la triologie "Millénium", écrite par un journaliste suédois, Stieg Larsson.
2000 pages de pure délectation pour les accros au polar comme moi et des milliers d''autres ( 1 million de lecteurs à ce jour dans le monde entier) qui cherchent frénétiquement de quoi meubler leurs nuits blanches.
L''auteur, un jeune quinqua spécialiste des affaires économiques et fondateur d'une petite revue, est mort d'une crise cardiaque aprés avoir remis les trois tomes à son éditeur. Too bad pour les lecteurs : il parait qu'il en avait prévu 10. Il parait aussi qu'un ultime tome se trouve dans son ordinateur...Bref, encore une bonne raison de faire de ce Millénium un ouvrage culte.
Pour en revenir à Lisbeth, sachez qu'elle partage la vedette, dans la trilogie, avec Michaël Blomkvist, un journaliste fouineur comme il se doit de 50 balais, fondateur de la revue "Millénium" beau gosse et grand séducteur : les femmes lui tombent toutes dans les bras et commme on est en Suède, les relations doubles, triples eu vu et au su de tous les interessées ne posent aucun problème. D'ailleurs Lisbeth va tomber amoureuse de lui, mais il n'en saura rien. Elle, c'est un avatar de Fifi Brindacier, l'héroïne suédoise des enfants, en tous cas la mienne quand j'avais 10 ans.
Fifi, imaginée par l'écrivain Astrid Lundgren devenue une star en Suède, est une petite fille dotée d'une force herculéenne , qui vit seule avec ses animaux. Son papa, capitaine au long cours, lui a laissé en héritage, outre sa force physique qui est une particularité familiale, beaucoup d'argent avec lequel elle peut faire ce qu'elle veut. Quand il revient de ses voyages, c'est la fête. Autrement, elle se débrouille comme elle peut et résout pas mal de problèmes avec sa tête et ses muscles.
Quand j'étais enfant, Fifi était mon héroïne consolatrice. Je me disais que si j'avais ne serait-ce que une dixième de sa force, de son ingéniosité et de ses pièces d'or rien ne pourrait m'arriver.
Lisbeth est une Fifi moderne. Elle a eu une enfance atroce, a été classé débile par la société et même carrément psychotique alors qu'elle est géniale. D'ailleurs elle a mis tout son QI qui n'est pas mince au service de sa survie. Résultat, elle est devenue un hacker de génie, capable de pirater en quelques secondes n'importe quel ordinateur, n'importe quel compte en banque, n'importe quel dossier informatique classé ultra secret et protégé par des milliards de codes. Et elle est super bien entrainée à la bagarre. Bien obligée : il lui a au moins fallu tout ça pour survivre dans ce monde de dingues qui a faill avoir sa peau plus d'une fois.
Voilà exactement ce qui est touchant chez elle. Cette force et cette détermination dans la survie, malgré son apparente fragilité physique et mentale. Son intelligence, sa façon de mémoriser un texte aprés l'avoir lu une fois, sa rapidité, ses facultés d'adaptation, et son esprit de vengeance. Elle n'oublie jamais le mal qu'on lui a fait ( ses ennemis en savent quelque chose...) et elle ne supporte pas qu'on brutalise ou martyrise les femmes : sa mère a été une victime de la violence masculine.J'aime aussi ce féminisme actif, cet humour. Et sa dégaine de bande dessinée.
Ne croyez pas pour autant que "Millénium " ne vaut que par Lisbeth. Michaël, surnommé Super Blomkvist du nom d'un autre héros de Astrid Lundgren ( on voit que l'auteur revisite les codes de la littérature enfantine qui a du le bercer quand il était petit, et , tel un petit Poucet, il nous lâche des indices tout le long des pages. ), Michaël, donnc, est aussi un type formidable. Je soupçonne Stieg larsson dont on peut voir le visage dans la presse, de lui avoir donné ses propres traits. Michaël, en bon investigateur, ne lâche jamais le morceau dans une enquête, même quand sa vie est en danger ( celle de Larsson l'a été plus d'une fois, c'est pour cela qu'il ne s'est jamais marié et n'a jamais eu d'enfants). Il dénonce inlassablement les tares d'une société suédoise empêtrée dans les mensonges, capable de sacrifier certains de ses citoyens au nomd'une soi disant sécurité d'état.
Dès que vous commencez à lire le premier tome de Millénium, " Les hommes qui n'aimaient pas les femmes", vous êtes fichus. Vous ne le lâchez plus.Aprés, il y en a deux autres : " La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumete" et " la reine en son palais des courants d'air". Les titres déjà : un vrai poème.
C'est publié chez "Actes Sud Noir" et je rends grâce à Françoise Nyssen, l'éditrice, pour son flair. Et à Florence Aubenas pour m'avoir, la première parlé de Millénium. la seconde étant mon amie Ruth El Krief, grande amatrice de polars, comme moi.

vendredi 5 octobre 2007

Dans le jardin de Fabienne Verdier



La grâce tient dans le mouvement, et on peut dire: la beauté est dans l'instant.."Giacomo Leopardi.


J'ai rencontré Fabienne Verdier pour la première fois, il y a sept ans, dans sa maison située à une quarantaine de kilomètres de Paris, où elle vit avec son mari et son fils. Là, dans la solitude de son atelier, elle réfléchit et peint.
Pour y accéder il faut quitter l'autoroute et c'est tout de suite la campagne, les champs, les forêts, le silence. Le petit village où elle habite toute l'année se replie autour de son église. Les maisons sont en pierre. C'est tranquille et secret.
Je me souviens encore avec précision de ces quelques heures passées là -bas. Fabienne venait de publier un trés bel ouvrage, " L'Unique trait de pinceau" ( Albin Michel), avec des photographies reproduisant ses oeuvres. Elle y expliquait sa façon de peindre, d'un seul trait de pinceau mûrement réfléchi, le qi, imprégné de ce souffle vital qu'elle a appris à puiser en elle,autour d'elle, dans une nature, patiemment observée jour aprés jour, et qu'elle restitue ensuite dans ses toiles.

Je ne connaissais pas son travail, je n'avais jamais entendu parler d'elle. Mais le livre m'avait imédiatemment séduite, intriguée. Ses tableaux m'avaient fascinée. J'aimais cette recherche autour de la calligraphie, cette façon de s'approprier les codes de la peinture extrême orientale pour les recréer avec sa puissance et sa rigueur. J'étais venue avec une photographe, pour écrire un article qui fut publié, par la suite, dans ELLE. Notre connivence a été immédiate. C'était une des ces belles journées d'octobre, où le soleil s'attarde et se déploie en un dernier adieu à l'été. Autour d'une tasse de thé et de noix du jardin, Fabienne m'a raconté longuement sa vie. Le magnétophone tournait. Je l'ai écoutée sans presque jamais l'interrompre tant ce qu'elle avait à confier était passionnant et peu banal. Il parait, je ne m'en souviens pas vraiment, que ce jour là, je l'ai encouragée à écrire son récit d'apprentissage en Chine.

Fabienne me confia qu'après avoir obtenu une bourse des Beaux Arts de Toulouse, elle était partie en Chine, dans le Sichuan. A l'université de Chonquing, une ville grise et hostile, elle avait tenté vaillamment de se faire une place, en dépit des difficultés quotidiennes. Elle avait eu la chance de tomber par hasard sur un grand maitre en caligraphie. Pendant la Révolution Culturelle, nombre de lettrés avaient été massacrés, et il ne restait que quelques clandestins qui avaient réussi à fuir les persécutions et terminaient leur vie misérablement. Maitre Huang Yuan, oublié de tous, était de ceux-là.
A force d'obstination,Fabienne put le persuader de lui enseigner la calligraphie. Au bout de six mois d'efforts de sa part, le maître qui au départ n'avait opposé qu'un silence méprisant à sa demande - une étrangère, une femme de surcroit! - accepta de révéler ses secrets à cette jeune étudiante qui tous les jours glissait sous sa porte un travail de calligraphie patiemment recopié. " Il y a en toi une résonance intérieure, lui dit-il, aprés avoir fini par frapper à la porte de sa chambre à l'université. Tu mérites d'être enseignée selon les règles. Mais je te préviens, si tu commences avec moi, il te faudra travailler dix ans ou rien du tout.»Fabienne, accepta tout de suite.
Ses premiers exercices consistèrent cependant, non pas à peindre comme elle l'avait imaginé, mais à contempler un paysage, pendant des heures, dans une immobilité totale. Ainsi fut enclenché, écrit Charles Juliet dans " Entre ciel et terre" ( Albin Michel) un ouvrage publié ces jours ci autour de son travail, " le lent processus de la connaissance de soi".
Cette histoire,son histoire, Fabienne l'a écrite l'année suivante, et publiée sous le titre "La Passagère du Silence". Un formidable succès de librairie ( 180 000 exemplaires vendus à ce jour) et prix des lectrices de ELLE, de surcroit...

Je n'ai jamais oublié cette aprés-midi là. La visite de son atelier, la découverte de son univers, les papier, les pinceaux, les objets rapportés de Chine, la beauté de ses oeuvres, la façon dont elle m'expliquait sa quête, avec simplicité et intelligence.
J'ai gardé le souvenir vivace d'une femme lumineuse, au diapason du soleil d'automne, belle et raffinée, en parfaite osmose avec la nature où elle puisait à chaque instant son inspiration et sa force.
Cette impression ne m'a jamais quittée. Fabienne se souvient aussi de cette rencontre. Si je lui ai donné, peut-être, l'envie de se raconter, elle m'a insufflé la curiosité pour la Chine où je suis allée trois fois par la suite, pour vivre diverses aventures.

Nous nous sommes peu revues au cours de ces sept années. Trois fois en tout. Car Fabienne est une ermite qui, pour peindre et chercher, a besoin de vivre cachée dans cette retraite bucolique. J'ai suivi son travail, reçu d'elle de loin en loin des cartes représentant un de ses tableaux, qui annonçaient une exposition ou me souhaitaient la bonne année de son écriture pleine, longue et élégante, comme elle. Deux de ces petits cailloux, petits signes d'amitié, sont encadrés et accrochés au mur de mon bureau. La peinture de Fabienne, entrée depuis un bon moment déjà, dans les musées et les fondations prestigieuses, achetée par les grands collectionneurs du monde entier est bien trop chère pour mes moyens. Mais ces cartes, qui voisinent avec deux lithos de Bram van Velde m'accompagnent quotidiennement dans mon travail et dans ma vie.

Je suis retournée aujourd'hui dans ce jardin magique, presque sept ans, jour pour jour aprés notre première rencontre.J'ai retrouvé la magie du jardin, les couleurs sourdes du bel automne, saison, le soleil généreux, l'accueil chaleureux de Fabienne et de Ghislain, son mari, sa moitié d'orange, drôle fin et bienveillant, qui veille sur l'oeuvre de Fabienne et travaille désormais avec elle, aprés avoir longtemps dirigé la filiale européenne dune grande marque automobile.
Ce nouveau livre sur sa peinture en était le prétexte. L'ouvrage est illustré par des photos de son nouvel atelier, bâti dans le prolongement de l'ancien par son ami l'architecte Denis Valode. Il contient aussi et surtout des reproductions de ses nouvelles toiles, des photos dde sa maison, de son jardin, et de Fabienne en train de travailer, signées par Dolorès Marat et Naoya Hatakeyama.
L'écrivain Charles Juliet a écrit un superbe texte sur son travail et mené un long entretien où elle raconte pour la première fois de façon si précise, son chemin intérieur pour retrouver l'ossature des choses. Ce qui est extraordinaire dans la peinture de Fabienne, c'est que d'un trait de pinceau et d'un seul, elle fait apparaitre le squelette des arbres, la pierre de la montagne, les veines des feuilles et des plantes, le mouvement de l'eau en un cercle parfait.
C'est pour moi, pour tous ceux qui la suivent et l'admirent, une source inépuisable d'émerveillement. Elle brûle les tableaux qui, dit-elle, n'ont pas reçu ce souffle de vie. Les autres, elle s'en émerveille comme nous, commme si au final, sa transcription de la nature dans ce qu'elle a de plus essentiel, ne provenait pas tout à fait d'elle mais lui était soufflé par une force supérieure.
Alexandre Izard a pris des photos du nouvel atelier. Il est bâti, ou plutôt creusé au dessus d'une source, où la lumière dispensée par le toit, comme dans une chapelle cirstercienne, éclaire les toiles sans jamais les écraser. Le bâtiment compose avec l'architecture locale, mais emprunte à la façon japonaise de bâtir : un déambulatoire comme dans les temples boudhistes, des fenêtres vitrées, coulissant comme des claustra de papier. la modernité extrême vient du sol en béton, de l'heureux mariage du bois, du verre et de l'acier,des luminaires et meubles de designers italiens qui décorent la partie bureau.
Les travaux ont duré un an et demi, parachevés par l'apport d'une pierre gigantesque de cinq tonnes, trouvée dans les montagnes ardennaises aprés des mois de recherches dans toute l'Europe. Un évier a été d'abord creusé en son centre par un tailleur de pierre puis le rocher a été apporté dans l'atelier et raccordé à un système de vidange. Cest là que Fabienne nettoie ses deux pinceaux gigantesques, qu'elle peut mouvoir du plafond grâce à un petit moteur. Cette installation sophistiquée lui permet de peindre en toute tranquillité,de réfléchir entre deux toiles, en notant ses trouvailles philospohiques, picturales ou poétiques dans de petits carnets, de faire le vide afin de se remplir pour créer "un nouvel ordre vivant".

Ces trois heures passées avec elle et Ghislain, nos discussions, nos échanges, ses offrandes, et l'amitié qui flottait au dessus de nous, furent encore un moment de grâce pure. La magie vibrante de l'instant.